Philippe Fretz

Caroline Nicod, Roswitha Schild, Stefan Baumann//juin 2005

 

200 x 130 mm, 64 pages, 16 pages couleur, bilingue français/allemand
ISBN 2-9700398-8-5

CHF 27.-

 

Les peintures de Philippe Fretz sont le résultat d’un collage de petits fragments tirés d’images collectives ou individuelles, symboliques ou intimes, passées ou présentes, de même l’ensemble de l’exposition génère une ambiance à la fois contemporaine et atemporelle. Une peinture de l’exposition, Speak Memory (2004), peut résumer cette idée. Dans un paysage giottesque, un personnage voyage en téléphérique. La cabine se trouve à mi-hauteur entre un personnage de dos qui actionne manuellement la manivelle du téléphérique et une femme à l’enfant typique d’une scène de la maternité, alors qu’en bas tu tableau jaillissent les mots de la bouche d’un personnage antique « Speak memory », titre du tableau mais également titre original de l’autobiographie de Vladimir Nabokov à laquelle l’artiste se réfère directement. Cette peinture pourrait évoquer un souvenir personnel retranscrit par le peintre : une image de son enfance de petit bricoleur qui actionne la manivelle d’une de ses folles inventions, ou un peu plus loin de la naissance de sa fille. Le personnage du téléphérique semble quant à lui saisi au beau milieu de sa vie, dans le temps actuel, alors que le paysage dans lequel la scène se déroule plonge ses racines dans le trecento italien. Tous ces éléments disparates et anachroniques se rencontrent à l’intérieur de l’espace-temps du tableau. De manière similaire, les peintures, les estampes, les installations, les éléments de l’architecture de l’abbatiale se rencontrent à l’intérieur de l’espace-temps de l’exposition dans lequel le spectateur se tient. Vladimir Nabokov décrit très justement l’instant de cette rencontre : « Çà et là, perdu par un arbre en fleur, un pétale lentement descendait en tournoyant, tournoyant, tournoyant, et, en ayant l’étrange sentiment de voir quelque chose que ni un fidèle, ni un spectateur fortuit ne devrait voir, on surprenait son reflet qui rapidement […] s’élevait à sa rencontre ; et pendant une fraction de seconde, on avait peur que le tour ne ratât, que l’huile bénite ne s’enflammât pas, que le reflet fît défaut et que le pétale ne s’éloignât en flottant, tout seul ; mais chaque fois la délicate union avait lieu, avec la magique précision d’un mot de poète rencontrant à mi-chemin son souvenir à lui, ou celui du lecteur. »

Caroline Nicod