Paysage avec don Quichotte

Fretz, Fretz, Zaech, Zagdanski //avril 2005

 

Une nouvelle de Stéphane Zagdanski ornée de dessins à l'encre de chine, suivie d'un essai: Cervantès émancipé.

195 x 115 mm, 128 pages, relié

ISBN 2-9700398-3-4

Edition courante: CHF 37.- / EURO 25.-

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Edition de tête accompagnée d'une gravure originale imprimée sur Hahnemuehle par Raymond Meyer à Pully, présentée dans un étui cartonné orné de dessins originaux et uniques à l'encre de chine sur papier Montval 300 g/m2

limitée à 25 exemplaires numérotés et signés

CHF 300.-

 

 

Paysage avec don Quichotte est un petit livre provocateur. Il rassemble des détails d’un dessin monumental exécuté par Philippe Fretz, Stéphane Fretz et Stéphane Zaech sur lesquels, de page en page, le long d’une ligne unique, défile une nouvelle de Stéphane Zagdanski1, intitulée DQ2005. Nous y est conté un nouvel épisode de don Quichotte («un chic type») arpentant sur sa Rossinante (une «patinette en aluminium») la galerie marchande du Louvre pour offrir à Dulcinée («poinçonnée de ces pustules patentées qu’on nomme piercings») un téléphone mobile du dernier cri.

Le livre (conçu en tant que catalogue d’exposition) s’achève par un essai de Stéphane Zagdanski, Cervantès émancipé, qui donne une subtile mesure de la rencontre texte-image: «… aller-retour entre la feinte et le vrai; fiction fabulée dans l’Histoire; opacité par excès de transparence; suspense ironique et dégrisant… autant d’éléments qui concourent à une parfaite autarcie romanesque du Quichotte, lequel relève ainsi de ce qu’il faut nommer une dialectique du vrai et du faux, une joute du vraisemblable et de l’invraisemblable trouvant leur parfaite unité dans le rire.»

Au cœur du roman, c’est donc l’absence d’humour – symbolisée par l’Inquisition au temps de Cervantès – qu’il faut conjurer. Je fais l’hypothèse d’un humour sophistiqué chez les peintres Fretz, Fretz et Zaech, qui n’en sont pas à leur première collaboration: il y a eu Les droits et les devoirs, une peinture murale réalisée en 1995, Gaudium et Spes I en 1999 et les gravures de Utopomachia en 2002. Le prodigieux paysage dans lequel apparaît don Quichotte, réalisé à Genève par les trois artistes alors que Zagdanski concevait sa nouvelle à Paris, n’a rien de bucolique. S’y croisent des barbelés végétaux et des barrières d’improbables montagnes, des clôtures à la perspective tronquée, des nuages épais sur des flots inquiétants. Enfin, devant un ciel d’encre noire se détache le profil familier du Chevalier à la Triste Figure sur sa monture. Tous deux semblent constitués de planches de bois. Comme si le dessin devait restituer, dans la dialectique du vrai et du faux dont parle Zagdanski, une autre dimension du héros romanesque: «…une collaboration végétale qui repose sur la patiente sérénité du temps. Il a la beauté d’un tronc noué, dit une notice de l’auteur en préambule, grand, maigre, gonflé de sève rose et blanche; c’est un arbre vivant et lisant.»

La Mancha de Cervantès était une région aride et désolée. Dans le paysage des trois peintres suisses, don Quichotte traverse sereinement un décor mental, à la fois lumineux et sombre: celui de l’humour gris?